Humans

Comment vous viennent les sujets de vos toiles ?

Il n’y a pas de règle. La plupart du temps ce sont des envies d’univers. Par exemple, pour Marat, j’ai pensé qu’il pouvait être amusant de travailler sur une baignoire et les effets de lumière que feraient des lignes dorées abstraites en tombant dans l’eau. Ensuite commencent les difficultés. Le carrelage du sol m’a pris beaucoup de temps car je voulais marier plusieurs figures géométriques classiques avec des feuilles de nénuphar. Le personnage lui-même était difficile à cerner car je tenais à éviter toute ressemblance explicite avec le véritable Marat tel qu’on le voit par exemple sur le tableau de David.

Ces personnages qui habitent vos compositions, qui sont-ils ?

Dans la plupart des cas ce ne sont pas des personnes réelles. Ce ne sont pas non plus des mélanges, avec des yeux pris chez l’un et le nez chez un autre. Ils sont entièrement imaginés à partir de zéro. Ils sortent pour ainsi dire du néant, leur unique fonction étant de porter un regard ironique sur eux-mêmes et le spectateur. Pour dessiner un personnage, je me demande quel pourrait être son visage s’il habitait réellement une de mes compositions. Comme on dit des chiens qu’ils ressemblent à leurs maîtres, je cherche les physionomies, les proportions qui se marient avec les constructions parfois tordues que je leur impose. Ainsi un homme qui tiendrait une ampoule ou un gant n’aurait rien à voir avec celui qui serait coincé entre deux murs de cartons. Cependant il m’est arrivé parfois d’entendre : « Mais c’est tout à fait M. Untel ; quelle ressemblance ! » On se trouve alors face à une fissure métaphysique assez réjouissante.

Vos tableaux comportent de nombreux clins d’œil à la Renaissance. Pourquoi ?

Peut-être parce que la Renaissance est en quelque sorte le nombre d’or de la peinture. Ses chefs d’œuvre ont défini mon « enfance » esthétique. Cependant j’aime puiser à d’autres époques, y compris actuelle.

Comment définiriez-vous votre peinture ? votre art ?

Question très embêtante. Mon métier n’est pas de parler de mon art mais de peindre ! Sus à la rhétorique et vive la composition, l’imagination, l’ironie et le plaisir ! Très important : la nonchalance. Ma peinture n’a aucun autre message, ni symboliste ni conceptuel.

Pourquoi les papiers ? les ampoules ? les boîtes ?

Les papiers parce qu’ils volent, tombent, se plient, se déchirent avec une grâce sans pareil. On peut les éclairer et ils offrent par transparence une gamme infinie de jeux de lumière. Rien de plus éphémère et rien de plus important pourtant, dans notre vie moderne. Les ampoules parce qu’elles sont sphériques mais pas trop. Elles ont aussi l’avantage de s’allumer parfois, quand ça m’arrange, dans un coin du tableau. Quant aux boîtes, elles structurent l’espace comme un jeu de cubes.

Cette nouvelle exposition a été l’occasion pour vous de travailler sur les lignes dorées. Pourquoi ?

L’idée d’associer des lignes dorées dessinées à plat, sans relief, des lignes totalement abstraites, à l’ensemble de mon univers. Les possibilités de composition inédites que m’offrait cet élément géométrique étaient très tentantes. Venait aussi l’envie de marier mes couleurs de prédilection – le rouge, le bleu, les terres – avec l’or, une sorte de non-couleur.

Par quoi commencez-vous ? Quelles sont les étapes de votre travail ?

D’abord je fais une esquisse au crayon en modèle réduit, à un cinquième environ. Elle doit être la plus fouillée possible tout en me laissant une marge de manœuvre pour la finalisation : il y a tellement de choses qui se jouent au dernier moment quand on peint tel ou tel détail ! Par ailleurs, le travail de l’esquisse est indispensable pour que la composition soit dynamique. Elle est ensuite agrandie, puis copiée sur la toile via un système de calques.

Quelle (s) qualité (s) estimez-vous particulièrement chez l’homme ? dans l’art ?

L’absence de conformisme. La personnalité et le mépris du qu’en dira-t-on.

Qu’est-ce qui vous agace chez l’homme ? dans l’art ?

Le syndrome d’« égalité ». Dire que toutes les choses se valent, que Beuys est aussi important que Velazquez.